50 ans de communauté éducative

L’enseignement catholique veut inscrire davantage dans le quotidien de ses établissements cette notion formulée il y a cinquante ans par l’Association de parents d’élèves de l’enseignement libre (Apel), et reprise depuis par l’école publique.

Lettre-adhérents-n°-452-Annexe-LogoCette notion fait aujourd’hui partie du paysage. Et pourtant, lorsqu’elle a été formalisée, en 1967, elle a ouvert de nouvelles perspectives dans les relations entre acteurs de l’école (personnels enseignants et non enseignants, direction, enfants, parents, bénévoles, etc.). La « communauté éducative » a pris son essor en 1967 lors d’un congrès de l’Apel, dans le sillage de « cercles de familles » développés à l’initiative de cette même fédération des parents d’élèves de l’enseignement catholique, pour permettre aux parents et aux maîtres d’échanger sur les questions éducatives et pédagogiques.

Depuis Vatican II soufflait alors un vent de nouveauté. Et le concept de communauté éducative se nourrissait aussi des travaux du pédagogue Antoine de la Garanderie (1), à l’époque délégué général de l’Apel. « Une communauté digne de ce nom se compose de personnes décidées non pas à établir une force de pression, mais à pratiquer un style de vie et un mode d’échange qui leur permette de s’exprimer avec vérité, d’aider chacun à être davantage lui-même, de prendre conscience de la valeur du groupe qu’elles forment », écrivait-il. Tout en étant « l’objet » de l’acte éducatif, l’élève lui-même fait partie intégrante de cette communauté.

Pour ce 50e anniversaire, l’enseignement catholique veut relancer la communauté éducative. « C’est un état d’esprit, une volonté de faire les choses ensemble, de s’éclairer mutuellement », commente la présidente de l’Apel, Caroline Saliou, en citant une initiative parmi tant d’autres : les bureaux de documentation et d’information dans lesquels parents et professeurs interviennent de concert pour aider les jeunes à définir leur projet.

« Nos écoles sont largement ouvertes aux familles, et pas seulement lors de la traditionnelle kermesse », abonde Michel Boissin, le président du Synadec, syndicat de chefs d’établissement du premier degré. « Certains parents animent des conférences, d’autres, dans le cadre de nos Journées de la fraternité, viennent parler aux enfants de leur métier ou de leur engagement associatif, avec une volonté d’ouverture. Car même s’il est indispensable que tous ses membres adhèrent au projet d’établissement, la communauté éducative n’a rien d’un communautarisme », assure-t-il.

Elle passe aussi par de petits gestes du quotidien. « Dans notre restaurant scolaire, on sert chaque midi 300 repas. Et pourtant, nous ne faisons pas appel à nos surveillants pour encadrer le déjeuner », raconte André Malgouyres, directeur du collège Henri-Margalhan, dans les quartiers Nord de Marseille. « Les élèves invitent chaque jour des professeurs à leur table, moi-même je déjeune toujours en leur compagnie. Avec une règle : on ne parle jamais de travail scolaire. Cela permet à chacun de s’ouvrir, d’évoquer sa famille, ses loisirs, ses vacances. Car, j’en suis convaincu, on ne connaît bien les enfants que si l’on s’intéresse à eux aussi en dehors de la classe », dit-il.

Née dans l’enseignement catholique, cette notion a – malgré la portée religieuse du mot « communauté » – essaimé jusque dans l’école publique. Elle revient dans les textes officiels depuis son inscription dans la loi d’orientation sur l’éducation rédigée par Lionel Jospin en 1989. « C’était alors une façon indirecte de poser la question d’une coéducation entre parents et enseignants », se souvient l’historien Claude Lelièvre. Une notion qui allait à l’encontre d’un certain héritage : « À l’époque de Jules Ferry, l’école publique s’est construite contre les parents. Et ce passé reste inscrit dans l’ADN de ses enseignants », poursuit-il.

Des enseignants qui, du reste, ont parfois du mal à accepter que d’autres intervenants puissent remplir un rôle éducatif, comme on l’a vu lors de la réforme des rythmes. Certains ont même refusé que des ateliers périscolaires se déroulent dans leur classe après les cours.

Denis Peiron – La Croix du 20 décembre

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